Lorsque nous parlons d’architecture africaine, une attention particulière doit être portée au mythe de l’uniformité de la culture africaine. Une tendance à considérer le continent comme un territoire culturel unique est un échec face à l’observation de la riche diversité de ses cultures. L’Afrique est un continent regroupant 54 nations, des milliers de groupes ethniques, près de 1,4 milliards d’habitants. Ses plus de 2000 langues ne sont qu’un aspect exposant sa multiformité. Le continent a été témoin de la montée et de la chute d’empires, de guerres politiques et des conflits religieux, de colonisations et réclamations identitaires.

Dans un contexte architectural, comment définir son patrimoine?

Lʼexpression architecturale africaine nait de structures vernaculaires qui réconcilient lʼingéniosité de lʼHomme avec le monde naturel. Les particularités communes que nous notons au cœur de la multiplicité culturelle de chaque région sont les fractales (objet mathématique qui présente une structure similaire à toutes les échelles) de leurs conceptions, une géométrie récursive. Seules les architectures traditionnelles africaines sont fractales : est-ce pure intuition ou un modèle conscient, chaque itération algorithmique se rapportant à une itération mythique, à un savoir? La nature utilise des systèmes qui sʼauto-organisent, le corps est lui-même couvert de fractales.

L’architecture moderne et futuriste reflétait les aspirations dʼun esprit tourné vers l’avenir. Elle sʼexpose néanmoins à des difficultés, contradictions et dilemmes.

De nombreux villages ont été reconstruits en villes modernes sans aucune considération de leurs essences précoloniales. Le phénomène d’urbanisation a eu des conséquences importantes, la transition des zones rurales vers les zones urbaines comportent des défis : croissance démographique, analphabétisme, ségrégation, pauvreté, manque d’assainissement, chômage élevé, évacuation des zones rurales de la main d’œuvre agricole, déséquilibre des infrastructures. De nouvelles rues et zones résidentielles ont été implantées. Des projets résidentiels, une variété de types de maisons pour les habitants de la classe moyenne sont apparus, avec, l’adoption d’idéaux sociaux étrangers (famille nucléaire et individus isolés en maisons privées).
L’utilisation de conceptions et de matériaux occidentaux s’est avérée inappropriée pour les environnements urbains africains. Le modernisme européen est en soi antilocal. Il est assez contradictoire de sʼen inspirer lorsquʼil a été utilisé pour coloniser l’Afrique en premier lieu. Un exemple de cette dichotomie est le Centre International de conférence Kenyatta (Nairobi, Kenya). Conçu par l’architecte norvégien Karl Henrik Nøstvik, ce gratte-ciel vitré de 32 étages, structure la plus haute d’Afrique de l’Est jusqu’aux années 90, est mal équipé pour supporter le soleil équatorial. Des îlots de chaleur sont créés et occasionnent des espaces tributaires de lʼair conditionné.

Centre International de conférence Kenyatta (KICC) (Nairobi, Kenya)

Même si, au fur et à mesure, les architectes africains ont repris les rênes, comme le ghanéen Samuel Opare Larbi, l’architecture moderniste en Afrique peut-elle vraiment être considérée comme africaine?

Nous pourrions envisager une grille dʼanalyse du mouvement moderne et la compréhension de sa signification culturelle en tant que fruit dʼune union culturelle et non lʼempreinte dʼune tradition architecturale européenne en territoire africain ; en un sens, une richesse culturelle.

Il ne faudrait pas nier la symbolique de ces monuments pour les nations et leurs populations.

La Place de lʼindépendance du Ghana par exemple, « Black Star Square », commissionnée par Nkrumah est le site pour le défilé de la fête de l’indépendance du Ghana, célébrée le 6 mars de chaque année.

Black Star Square, Place de l’indépendance (Accra, Ghana),

Il faut aussi saluer les mouvements de « lʼarchitecture dʼauthenticité » qui s’inspirent des traditions picturales ou/et sculpturales locales pour répondre aux exigences idéologiques de l’époque. Dʼautres formes dʼexpression en dehors de lʼarchitecture ont également participé au rayonnement et à l’établissement des identités locales.

Monument de la réunification (Yaoundé, Cameroun)

Des architectes tels que Mariam Camara, Diébédo Francis Kéré ou Kunlé Adeyemi nourrissent cette architecture africaine contemporaine qui honore ses traditions.

Leurs bâtiments sont construits avec des matériaux locaux, connectés à la réalité quotidienne des habitants. Des matériaux qui retiennent la fraîcheur, repoussent la chaleur et sont achetés à un coût très bas, en plus d’être capables de porter des conceptions qui servent la lumière naturelle et la ventilation.

Des constructions sensibles, hybrides, entre conservation, création et développement urbain sont une réponse aux cultures constructives locales ancestrales. Elles détiennent depuis toujours les notions de modularité, durabilité, viabilité et confort que cantonnent les sociétés occidentales.

Nous avons tous le pouvoir dʼimaginer des futurs possibles et de nous engager dans un travail actif pour concrétiser lʼavenir souhaité. Nous devons saisir ces visions et vivre pour cet avenir.