Il suffit de parcourir la campagne ou les vieilles villes de France et d’Europe pour être étonné par la qualité, l’invention en même temps que l’économie de moyens de l’architecture populaire. Depuis peu de temps – environ l’après-guerre – il n’est plus rien de tout cela. Maintenant, l’architecture n’est plus un art. C’est une activité parfaitement banale, comme l’agro-alimentaire ou la construction mécanique, avec en plus une mauvaise odeur d’influences et d’argent. A vrai dire on ne conçoit plus d’ARCHITECTURE, on FAIT du BATIMENT. Il faut en convenir, on en est arrivé à l’heure actuelle à un niveau de médiocrité rarement atteint, et généralisé dans le monde. Le phénomène est suffisamment grave pour qu’on l’examine avec attention. D’abord comment se mêlent l’art et l’architecture ? Contrairement aux autres disciplines artistiques l’architecture n’est pas un art « d’agrément », avec le côté futile qu’on pourrait y voir. Si le peintre et le musicien peuvent imaginer une œuvre « gratuite », sans autre rôle précis que d’émouvoir, l’architecte ne peut concevoir un édifice sans objet. Son œuvre répond toujours à une fonction et à un programme déterminé. De plus cette discipline se manifeste par l’utilisation de matériaux déterminés répondant à des rôles précis, d’aspect et de coûts très divers et mis en œuvre suivant des techniques particulières. L’architecture est donc – pour moi – un mélange complexe de divers ingrédients : la matérialisation d’un programme donné, la maîtrise d’une technique, un certain talent pour des assemblages de volumes et de proportions satisfaisants ainsi qu’une certaine dose d’aberration – un grain de folie – qui fait distinguer « l’architecture » du « bâtiment ». C’est du juste dosage de cette alchimie mystérieuse que résulte la beauté d’une construction. Qu’un seul composant manque, ou domine au contraire, et l’on court à la médiocrité, ou à la catastrophe. Ce dosage, fait de savoir et d’intuition, a su se perpétuer pendant des millénaires. Je constate qu’il s’est évaporé petit à petit depuis quelques décennies. 108 L’ARCHITECTURE EST-ELLE ENCORE UN ART ? Comment en est-on arrivé à la situation actuelle ? Qui, maintenant, est responsable de l’architecture contemporaine ? Pour l’homme de la rue, relayé par les médias, ce sont évidemment les architectes. Les architectes sont les chefs d’orchestre qui, faisant un TOUT des ingrédients évoqués plus haut, transforment un programme, une volonté, des matériaux, un espace et de l’argent en un volume bâti. Comme on ne connaît ni leur rôle ni leur responsabilité on les prend facilement pour les seuls responsables de ce qui se construit. Ils sont plusieurs milliers. Jusqu’à ces dernières années, ils avaient tous du travail, certains beaucoup. Ce sont eux qui conçoivent les immeubles de logements collectifs, les écoles, les universités, les bureaux, les édifices publics qui devraient faire la fierté de notre civilisation moderne. Pourtant, il n’en n’est rien, ou presque. On constate plus souvent dans leur œuvres l’indigence et la médiocrité que le talent et la sensibilité. Quelles sont les causes de cette indigence ? Les architectes sont-ils incompétents ? L’enseignement de l’architecture est probablement responsable d’un certain nombre d’échecs.